Standardisation en Enzymologie clinique : l'heure est venue

Préparé par G. Férard et JM. Lessinger, Groupe de travail Assurance de Qualité en Enzymologie clinique

Beckman Coulter
L'objet de la standardisation est de réduire la discordance entre les résultats produits par des LABM différents. Les principales causes de cette discordance sont liées à l'emploi d'une température de mesure différente, d'un principe réactionnel particulier, de causes relevant du système analytique employé. Des solutions sont actuellement proposées avec des résultats positifs attendus pour les Biologistes, Cliniciens et Patients.

Nous nous proposons d'informer et de répondre à vos questions de manière interactive sur ce sujet en évolution rapide ( forum SFBC ).

Voici pour commencer quelques questions fréquentes :

  • 1 : Quelle température de mesure est à recommander  ? Voir la réponse
  • 2 : Peut-on réaliser les mesures à 37°C et exprimer les résultats à 30 °C ou l'inverse ? Voir la réponse
  • 3 : Quel principe réactionnel choisir ? Voir la réponse
  • 3bis : Est-ce que les différences observées sont cliniquement significatives  ? Voir la Réponse
  • 4 : Quelles sont les autres causes de discordance des résultats ? Voir la Réponse
  • 5 : Quelles solutions pour améliorer la traçabilité et la transférabilité interlaboratoire des résultats ? Voir la Réponse
  • 6 : Quels sont le avantages attendus par la standardisation ? Voir la Réponse

Pour en savoir plus


 

Question 1: Quelle température de mesure est à recommander  ?

Sans hésitation 37 °C

Les raisons :

  • les méthodes de référence récemment publiées (réfs 1-6) ont été décrites à cette température
  • 37 °C fait gagner du temps
  • 37 °C est utilisable sur tous les automates multiparamétriques au contraire de 30 °C. Tous les fabricants ont développé des adaptations à 37 °C, pas toujours à 30 °C
  • la SFBC recommande 37 °C comme température de la réaction en accord avec les recommandations de l'IFCC de 2002 (réfs 1-6).

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Question 2: Peut-on réaliser les mesures à 37 °C et exprimer les résultats à 30 °C ou l'inverse ?

Sans hésitation NON

parce que les facteurs de conversion intertempérature ont souvent été établis avec des sérums de contrôles, non représentatifs des sérums de patients ou encore avec des méthodes anciennes qui ont subi des modifications. Les données de la littérature montrent sans ambiguïté que ces facteurs dépendent de l'enzyme et des isoenzymes et donc des sérums de patients, ainsi que de la méthode employée (réfs 3, 4). L'emploi de ces facteurs est une cause d'erreur supplémentaire qui devrait disparaître à la suite de l'arrivée de nouvelles recommandations [Directive In vitro Diagnostic (réf. 7), Norme ISO 18153].

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Question 3 : Quel principe réactionnel choisir ?

La recommandation est de choisir un principe réactionnel identique à celui utilisé dans la méthode de référence IFCC correspondante (réfs 1-6) de manière à avoir la même spécificité analytique. Le meilleur exemple est celui des aminotransférases (transaminases, AT) qui ont un besoin absolu de phosphate de pyridoxal (PP) pour être actives. En conséquence, les méthodes avec PP dosent la totalité des molécules circulantes d'une AT (par exemple ALAT) c'est-à-dire l'ALAT combinée à PP et l'ALAT non combinée alors que les méthodes sans PP ne dosent que les molécules combinées à PP. Il s'agit donc de 2 types de méthodes avec une spécificité analytique différente. Il n'est pas possible d'employer un facteur de conversion entre ces 2 types de méthodes.

Question complémentaire: Est-ce que les différences observées sont cliniquement significatives ?

OUI malgré ce que nous indiquent les contrôles de Qualité Externe, car les sérums de contrôle sont dans la majorité des cas supplémentés en PP pour améliorer leur stabilité, d'où pas ou peu de différence entre les résultats obtenus avec ou sans PP. De plus, chez les sujets sains, les différences sont peu importantes : -10 à -15 % pour les méthodes sans PP. Mais les différences peuvent atteindre 50 % pour l'ALAT dans les maladies hépatiques chroniques (réf. 8). Les mêmes raisons peuvent s'appliquer à l'ASAT en cas de troubles cardiaques ou rénaux.

Remarques:

  • Le PP étant jaune, un milieu réactionnel incolore ne contient pas de PP.
  • Une phase de contact de 4 à 5 minutes à 37 °C entre le sérum à analyser et PP est nécessaire avant la période de mesure de l'activité.

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Question 4 : Quelles sont les autres causes de discordance des résultats ?

  • L'emploi de systèmes analytiques différents (appareil + réactifs). En effet, chaque système analytique de par sa conception impose certaines contraintes pour la réalisation d'une méthode de mesure. La conséquence est que les résultats en l'absence d'une standardisation efficace (cf. point 5) restent dépendants du système analytique employé.
  • Les systèmes analytiques vieillissent et peuvent dériver dans le temps pour divers paramètres comme la température, la longueur d'onde, le temps, les volumes notamment. Ces dérives sont connues et corrigées depuis longtemps par l'opération de calibrage dans le cas de la mesure de substrats.

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Question 5 : Les solutions pour améliorer la traçabilité et la transférabilité interlaboratoire des résultats

  • Suivre les recommandations concernant la température (cf. réponses aux questions 1 et 2) et le principe réactionnel (réponse à la question 3). Notez que certains automates sont mieux adaptés que d'autres pour le respect de la condition 3.
  • S'informer auprès des fabricants du mode de standardisation qu'ils ont mis en place pour remplacer le calcul des activités enzymatiques, anciennement basé sur l'absorbance du produit formé ou consommé dans la réaction. Rappelons que ce facteur de transformation est théorique et n'assure ni la transférabilité ni la traçabilité (exigence de la Directive In vitro Diagnostic). Pour assurer ces 2 qualités, 2 moyens sont déjà utilisés:
    • La définition d'une relation interméthode entre les résultats obtenus avec une méthode de routine et ceux fournis avec la méthode de référence pour une série de sérums de patients. Cette approche améliore de façon considérable la transférabilité des résultats sans toutefois corriger les différences existant pour le même système analytique (réponses à la question 4).
    • L'utilisation d'un ou de plusieurs calibrateurs d'enzymes dont les activités enzymatiques ont été définies pour corriger les différences entre les valeurs observées avec la méthode de routine et celles obtenues avec la méthode de référence. Cette approche "stabilise" la correction au contraire de la solution précédente. Signalons que des calibrateurs adaptés à plusieurs systèmes analytiques sont en cours de développement et pour certains en cours d'évaluation.

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Question 6 : Avantages attendus par la standardisation (Figure 1)

Les avantages sont multiples. Ils concernent la cohérence interlaboratoire. Plusieurs études ont montré qu'un coefficient de variation interlaboratoire de 4 à 6 % peut être obtenu à condition de respecter les recommandations énumérées ci-dessus (Figure 1, et réfs 9-10). Autrement dit, nous devrions disposer d'intervalles de référence communs à plusieurs méthodes. Ces modifications devraient aussi modifier l'interprétation des résultats en Enzymologie clinique. Les progrès liés à la standardisation sont par ailleurs indispensables lorsque les résultats sont intégrés dans des scores comme le rapport de De Ritis ou le Fibrotest-Actitest. Enfin, des progrès significatifs devraient être obtenus dans le traitement et l'interprétation des résultats des contrôles de qualité internes et externes.

Figure 1: Schéma des effets attendus de la standardisation en enzymologie clinique sur la cohérence interlaboratoire des résultats.

Schéma des effets attendus de la standardisation en enzymologie clinique


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Références

1. L. Siekmann, R. Bonora, F. Ceriotti, P. Clerc-Renaud, CA. Ferrero, G. Férard, et al. IFCC primary reference procedures for the measurement of catalytic activity concentrations of enzymes at 37 °C. Part 2. Reference procedure for the measurement of catalytic concentration of creatine kinase [ATP : Creatine N-Phosphotransferase (CK), EC 2.7.3.2]. Clin Chem Lab Med 2002 ; 40 : 635-42.

2. L. Siekmann, R. Bonora, F. Ceriotti, P. Clerc-Renaud, CA. Ferrero, G. Férard, et al. IFCC primary reference procedures for the measurement of catalytic activity concentrations of enzymes at 37 °C. Part 3. Reference procedure for the measurement of catalytic concentration of lactate dehydrogenase [L-Lactate : NAD+ Oxidoreductase (LDH), EC 1.1.1.27]. Clin Chem Lab Med 2002 ; 40 : 643-8.

3. L. Siekmann, R. Bonora, F. Ceriotti, G. Férard, CA. Ferrero, PFH. Franck, et al. IFCC primary reference procedures for the measurement of catalytic activity concentrations of enzymes at 37 °C. Part 4. Reference procedure for the measurement of catalytic concentration of alanine aminotransferase [L-Alanine : 2-Oxoglutarate Aminotransferase (ALT), EC 2.6.1.2] . Clin Chem Lab Med 2002 ; 40 : 718-24.

4. L. Siekmann, R. Bonora, F. Ceriotti, G. Férard, CA. Ferrero, PFH. Franck, et al . IFCC primary reference procedures for the measurement of catalytic activity concentrations of enzymes at 37 °C. Part 5. Reference procedure for the measurement of catalytic concentration of aspartate aminotransferase [L-Aspartate : 2-Oxoglutarate Aminotransferase (AST), EC 2.6.1.1]. Clin Chem Lab Med 2002 ; 40 : 725-33.

5. L. Siekmann, R. Bonora, F. Ceriotti, G. Férard, CA. Ferrero, PFH. Franck, et al . IFCC primary reference procedures for the measurement of catalytic activity concentrations of enzymes at 37 °C. Part 6. Reference procedure for the measurement of catalytic concentration of g -Glutamyltransferase [( g -Glutamyl)-peptide: Amino acid g -Glutamyltransferase (GGT), EC 2.3.2.2]. Clin Chem Lab Med 2002 ; 40 : 734-38.

6. G. Férard, JM. Lessinger, F. Schiele, A. Vialle. Les nouvelles recommandations internationales pour la détermination d'activités enzymatiques à 37 °C. Ann Biol Clin 2003 ; 61 : 111-5.

7. Directive du Parlement européen et du Conseil européen du 27 Octobre 1998 relative aux dispositifs de diagnostic in vitro 98/79/EC.

8. G. Férard, F. Imbert-Bismut, D. Messous, A. Piton, A. Abella, P. Burnat, B. Hainque, N. Glasser, JM. Lessinger. Effet du phosphate de pyridoxal dans la mesure des activités aminotransférases chez les patients avec hépatite virale. Ann Biol Clin 2004 ; 62 : sous presse

9. F. Schiele, G. Férard, JM. Lessinger, J. Henny. Harmonisation des pratiques : application à la mesure d'activités enzymatiques utilisées en prévention, dépistage, diagnostic et surveillance thérapeutique. Ann Biol Clin 2001 ; 59 : 291-7.

10. JM. Lessinger, F. Schiele, A. Vialle, G. Férard, A. Myara, J. Guéchot et al. Le calibrage en enzymologie clinique : principe, conditions d'application et résultats. Ann Biol Clin 2002 ; 60 : 281-6